A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - R - S - T - U - V - W - Y - Z

AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Disputation


Une disputation. Les protagonistes juifs sont reconnaissables à leurs couvre-chefs. Gravure sur bois de Johannes von Armssheim - 1483


Les disputations entre juifs et chrétiens étaient, au Moyen Âge, des polémiques religieuses se tenant parfois sur des années.





                           La Disputation de Barcelone







Véritable discussion théologique, voire controverse, autour d’un sujet choisi, la disputation, quant à elle, met en scène un moine dominicain, également juif converti, Paul Christiani, le Roi Jaime Ier d’Aragon et Rabbi Moshé ben Nahman, dit Nahmanide. Rabbi Nahman est un grand maître de la tradition juive et du Judaïsme espagnol, chef de file de l’École kabbalistique de Gérone. Il est reconnu par ses frères Juifs mais aussi par le Roi avec lequel il a des relations privilégiées.
La controverse de Barcelone a pour but la récupération du Talmud, par les Chrétiens, et son utilisation dans la prédication en direction des Juifs, afin de prouver que les textes montrent que les sages juifs du Talmud croyaient que le Messie était venu et qu’il est bien Jésus Fils de Dieu. Les Chrétiens veulent démontrer aux Juifs, en s’appuyant sur leurs textes canoniques, qu’ils n’en ont pas compris le sens véritable. Paul Christiani ne condamne pas la littérature rabbinique, au contraire il veut l’utiliser parce qu’elle lui fournit nombre d’arguments pour défendre sa position, dans ses nombreuses prédications futures, notamment dans les Synagogues de la Catalogne et de la France du sud.
La nature et la personnalité du Messie, tel est le sujet de controverse de la pièce. Dans la réalité et dans la pièce, cette discussion, voulue par les Dominicains et les Franciscains, se tient à la cour, en présence du roi d’Aragon, Jaime Ier, en 1263, aux débuts de l’Inquisition. Le compte-rendu en hébreu de cet événement, rédigé par Rabbi Moshe Ben Nahman, à la demande de l’évêque de Gérone, deux ans après la dispute, est le document historique qui a servi de point de départ à l’écriture de la pièce. D’autres sources, telles que la relation latine de la controverse ou encore des textes précisant la position des Dominicains dans le cadre de la polémique judéo-chrétienne de l’époque, ont complété le matériau.




Le XIIIème siècle est celui du christianisme triomphant, qui s’affirme comme le “verus israel”. La polémique entre savants, intellectuels, religieux juifs et chrétiens est à son point culminant. L’action se situe à un moment où l’Inquisition commence à planer de plus en plus fortement sur le monde occidental.
Le XIIIème siècle marque la fin des grandes croisades. L’origine juive du Christianisme ne peut être comprise que comme prémonitoire, prophétique et annonciatrice de la “nouvelle alliance”. Tout ce qui peut aller à l’encontre de cette conviction doit être détruit. C’est une période difficile pour les Juifs, souvent persécutés, parfois protégés. Dans le même temps, le judaïsme rabbinique prend son essor et aboutira à un extraordinaire réveil, annonciateur du judaïsme moderne.
La disputation de Barcelone, en 1263, s’inscrit entre deux autres controverses extrêmement agressives, quasi procès contre les Juifs, qui eurent lieu aux XIIIème et XVème siècles : la controverse de Paris, en 1240 sous le règne de Louis IX (celui-ci ordonnera que l’on brûle le Talmud, jugé blasphématoire à l’égard du Christ) et la controverse de Tortosa, en 1415, qui provoquera de nombreuses conversions forcées, des exécutions et une diaspora.
La disputation de Barcelone, pour sa part, est moins agressive à l’encontre du judaïsme. Cela est dû en grande partie à la personnalité de Jaime Ier d’Aragon, grand protecteur et ami des Juifs. Toutefois il est important de noter que c’est un “débat forcé” qui a lieu ici, exigé par les frères dominicains. Ils entendent aussi prouver aux Juifs, en s’appuyant sur leurs textes canoniques et sur le Talmud, que Jésus est Homme et Dieu absolument, et qu’il est le Messie annoncé par les prophètes.
A l’issue de la controverse, chaque partie restera sur ses positions, mais quelques années plus tard Rabbi Moshe Ben Nahman fera l’objet d’un procès intenté par les Dominicains et choisira de partir en Palestine pour y mourir vers 1270. Quantité de disputations auront lieu par la suite qui joueront un rôle essentiel dans l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492.




La controverse traite des trois thèmes suivants : la venue du Messie a t-elle eu lieu ? Le Messie est-il homme ou dieu ? La Torah des Juifs est-elle la Torah authentique ?
La controverse dura vraisemblablement quatre jours. Un cinquième jour fut consacré à une prédication du Roi, de Reymund de Penaforte et de Paul Christiani, en présence de rabbi Nahman à la Synagogue de Barcelone, un jour de shabbat, durant lequel le Roi fera un sermon sur la venue du Messie et sur le Christ, et le frères Reymund et Paul sur la Trinité. Le déroulement des journées sera ponctué de musique moyen-âgeuse et de chants rituels judéo-espagnols interprétés a capella.
La mise en scène insistera sur la tension générée par la passion des protagonistes, leur puissant désir de convaincre, leur énergie vitale. La controverse a lieu en public, devant le peuple composé de juifs et de chrétiens en grand nombre. Le public devient par là même le personnage clé de la disputation.
Nous avons voulu rétablir au plus près les dialogues originaux, en utilisant non seulement la relation de Rabbi Moshe Ben Nahman, riche en détails et en précisions, mais aussi d’autres documents sur la polémique judéo-chrétienne de l’époque. Nous avons tenté de recréer la controverse de manière percutante et vivante, de rendre palpable l’intensité des divers moments, l’évolution de la dispute et le glissement imperceptible du ton, de la sérénité du début, au quasi procès intenté au Rabbi par Paul Christiani, dont l’objectif premier est la conversion spontanée des Juifs du royaume.





Moshe ben Nahman (Bonastruc ça Porta)
Il est le personnage central de la controverse. Il est né en 1194 en Espagne, et quittera Gérone en 1267 pour mourir en Palestine vers 1270. Son autorité est largement reconnue par les juifs et aussi, nous l’avons vu par le Roi. Il est un très grand Talmudiste et fait sans aucun doute partie de ces savants juifs qui furent à l’origine de cette prolifération d’écrits kabbalistiques qui verront le jour dans ce dernier quart du 13ème siècle. Sa lutte, sans repos, contre l’influence non négligeable du Christianisme le conduira à défendre avec une énergie et une volonté hors du commun la religion de ses pères, face à un Paul Christiani dont l’apostasie n’a d’égale que sa farouche détermination à convertir les Juifs. Bien que relativement âgé aux moments des faits, il mettra toutes ses forces dans cette controverse pour qu’elle soit la victoire non seulement du Judaïsme, mais aussi de ses frères.


La Alya en Eretz Israël
A l'âge de soixante-dix ans, Nahmanide quitte donc l'Aragon pour parvenir finalement en terre d’Israël où il se consacre au renouveau de la vie religieuse et communautaire juive qui a pratiquement disparu à la suite des croisades. Sept siècles plus tard, on redécouvre et on restaure la petite synagogue créée par Nahmanide à Jérusalem, à quelques centaines de mètres du Mur des Lamentations.Nahmanide passe ses derniers jours à Acre, où il complète son commentaire de la Torah. Son amour profond pour la terre d’Israël est sensible dans tous ses écrits, amour qui vient apaiser son sentiment d'isolement : "Je suis l'homme qui vit l'affliction. Je suis banni de ma table, éloigné de mes amis et de mes parents, et il y a trop de distance pour se revoir [...] Mais la perte de tout ce dont mes yeux se réjouissaient est compensée par ma joie présente d'avoir passé une journée dans tes ruelles, ô Jérusalem [...] où il m'est accordé de caresser tes pierres, de frôler ta poussière et de pleurer sur tes ruines. Je pleure amèrement, mais je trouve la joie dans mon cur. Je déchire mes vêtements, mais j'y trouve du réconfort."
Nahmanide meurt en terre d’Israël. Différentes traditions situent sa tombe à Haïfa, Acre, Jérusalem ou Hébron.
L’oeuvre de Nahmanide
Dans sa jeunesse, Nahmanide est fortement influencé par la culture juive française. Ses essais
(hiddouchim), portant sur de nombreux traités du Talmud, sont écrits dans le style des tossafistes français. En Espagne, il contribue à élever au premier rang l'étude du Talmud.
Son approche de la Bible est singulière et variée. Il se sert des textes comme d'une occasion d'exposer ses propres idées sur de nombreux sujets. Traitant des comportements des personnages bibliques, il présente souvent des éclairages psychologiques. Il a également un sens de l'histoire et, plus que tout autre commentateur, il examine consciencieusement les rapports entre les chapitres et les sections bibliques.


Paul Christiani, Frère prêcheur de l’ordre des Dominicains, apostat Juif, il est vraisemblablement né dans le midi de la France. Il inspire une crainte tout à fait justifiée aux juifs du Royaume d’Aragon, le spectre de l’Inquisition est partout présent. Il a une grande habitude des controverses avec les Juifs, et parcourt le Royaume dans le but de convertir les juifs d’Aragon et du Midi de la France. Il semble que sa conversion soit sincère, son action anti-juive ira en grandissant : il sera à l’origine de l’instauration en France du port de la « rouelle », signe distinctif des juifs, en 1269 sous le règne de Louis IX. S’il essaie par ses questions insistantes de déstabiliser rabbi Nahman, il prend bonne note des arguments adverses plus qu’il n’intervient, se réservant de s’appuyer ultérieurement sur ces derniers dans sa volonté de convaincre les Juifs. Il doit absolument être le vainqueur de la confrontation, au regard de l’importance de la renommée de rabbi Nahman.

Jaime Ier, (dit le Conquérant) né à Montpellier vers 1207, il meurt à Valence en 1276. Il règne sur l’Aragon de 1213 à sa mort. Ses conquêtes en particulier des Baléares et des royaumes de Valence et de Murcie lui valent le surnom de Conquérant. Après le brûlement du Talmud en 1240 à Paris, il semble qu’il ne suive pas les directives de l’Église envers les Juifs. Après la controverse de Barcelone il freinera la volonté de répression des dominicains. Ses rapports avec les juifs de son Royaume sont emplis d’intérêts pour ceux ci. Il a des relations privilégiés avec rabbi Nahman auquel il a souvent recours, chaque fois que ses conseils lui semblent nécessaires. Les actes de Jaime I font même apparaître que le 17 octobre 1260 (3 ans avant la controverse) « il concède à Bonastruc ça Porta de Gérone (Nahmanide) le moulin du Roi avec l’enclos casal où il se trouve installé et tous les revenus royaux du marché de la cité de Gérone ». Il mettra selon toute vraisemblance un terme à la controverse avant qu’elle ne tourne mal pour rabbi Nahman. Durant la controverse, il saura par son attitude maintenir une atmosphère de respect des uns par rapport aux autres.

Reymund de Penaforte, Frère Prieur de l'ordre des dominicains, grand prédicateur. Il est l’instigateur de la disputation ; son attitude est plus politique et prosélyte que théologique. Dominicain depuis 1222 il est un des plus hauts personnages de l’Eglise. Il met toute son énergie pour donner à la disputation un rôle prosélytique.

Arnold de Seguerra, Frère dominicain
Très agressif, il souhaite un procès intenté aux juifs plutôt qu’une discussion théologique.

theatreonline

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire