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FORUM

AVERTISSEMENT

Amis lecteurs
Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Haftara




                   Qu’est Qu’est-ce que la haftara ?

La haftara / הרטפה est un texte issu des livres de Neviim (les Prophètes). La haftara est lue publiquement à la synagogue après la lecture de la paracha, lors du chabbat ou des jours de fêtes.
Le texte institué pour chaque occasion a généralement un thème en rapport avec la paracha correspondante. Il présente des affinités avec celle-ci sur le fond ou sur la forme Parfois, ce ne sont que des expressions communes qui relient la paracha à la haftara (comme la paracha et la haftara de Noah)

Des bénédictions sont lues avant et après la lecture de la haftarah par un membre du miniane. La haftara est précédée et suivie de 7 bénédictions, rappelant, évoquant les 7 appelés à la Tora. Le texte de la haftara
comprend au moins 21 versets, allusion aux 7 personnes appelées à la Tora (pour un minimum de 3 versets chacun).
Lorsque chabbat tombe roch hodech, une haftara spéciale est lue. Lorsque roch hodech tombe dimanche, on lira la haftara de mahar hodech (veille de roch hodech.)

Certaines haftarot sont reliées à la période de l’année et non à la paracha :
c’est le cas des 4 haftarot lues avant Pessah, ou les haftarot lues à partir du 17 Tamouz jusqu’à Roch hachana, haftarot dites de consolation.

De quand date cet usage ?

Cet usage a été institué pendant les persécutions infligées par Antiochus Epiphane avant la révolte des Hasmonéens. Lorsque les Syro-Grecs ont interdit la lecture de la Tora, on a trouvé à celle-ci un remplacement dans une section correspondante des livres des Prophètes, et cette coutume s’est maintenue même après l’abrogation du décret qui lui avait donné naissance (Aboudraham).
On a également parfois suggéré qu’elle avait été introduite dans le dessein de combattre les thèses émises par les Samaritains, et plus tard par les Sadducéens, qui contestaient la canonicité des prophètes. Selon certains, les raisons qui ont motivé l’institution de la lecture d’une haftara semblent toujours valables. En effet, les hommes trop absorbés par leurs occupations, ne peuvent consacrer suffisamment de temps à l’étude des textes de la bible.

Quelle est l’origine du mot « haftara » ?

L’origine du mot haftara est incertaine. Il pourrait s’agir, pour Aboudraham, d’une “prise de congé” consistant à se séparer, si l’on peut dire, de la lecture des Ecritures.
La haftara vient faire la transition entre la téfila de chaharit et celle de moussaf Certains pensent que haftara vient du mot « patour », dispensé. En effet, pendant les persécutions, la lecture de la haftara nous dispensait quelque part de la lecture de la Tora
Des traces très anciennes de cet usage figurent dans le Talmud.
Le Traité Chabbat 116b rapporte qu'on la lisait à l'office de Min'ha le Chabbat à Néhardéa.

Quelques usages / préceptes concernant la haftara :

Le nombre de haftarotes a varié puisque nous lisons aujourd'hui toute la Torah chaque année, alors qu'en Erets Israël, au temps du Temple, on la lisait sur trois ans, ce qui multiplie le nombre des haftarotes par 3.
Le chant des téâmim de la haftara n'est pas le même que celui de la Torah.
La haftara peut être lue par un enfant qui n'est pas encore bar-mitsvah.
zehout

La Nature en revolte

LA NATURE EN REVOLTE



Par Rav Chaoul David Botschko

Dans le récit de la Création, et plus précisément dans le passage qui traite de l'apparition de la végétation, nous trouvons un verset qui offre une difficulté particulière, à laquelle se sont attachés bien des commentateurs.


D-ieu ordonna à la terre de :


"produire des arbres fruitiers portant des fruits"


Telle est la traduction habituelle de cette expression si particulière: Ets péri 'ossé péri. Cependant, une traduction plus fidèle à l'hébreu nous donne des arbres-fruits, et non fruitiers. Le Midrach, rapporté par Rashi, relève cette particularité du texte, et indique que l'intention divine était que l'arbre lui-même soit comestible, et que son goût soit semblable à celui des fruits qu'il porte. C'est ce que nous laisse entendre l'expression arbres-fruits. Or nous voyons que la terre ne produit pas l'arbre-fruit attendu, puisque la suite du verset nous dit :


"La terre produisit … des arbres portant des fruits"


La terre semble ainsi désobéir à D-ieu et refuser que le tronc soit comestible à l'instar des fruits.
Rachi, suivant ce même midrach, ajoute que, lorsque D-ieu punira l'homme en raison de sa faute (la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal), Il punira dans le même temps la terre pour sa propre faute, celle de n'avoir pas produit un arbre-fruit . En effet, la terre sera maudite (certes en raison de la faute de l'homme, mais également, suivant ce midrach, pour sa propre faute), et produira des ronces et des orties.
Que signifie donc ce midrach ?


PROJET DIVIN

Ce que nous enseigne le midrach, c'est la distinction entre le projet divin à long terme et la réalité immédiate. L'ordre de D-ieu, c'est le projet divin, ce que la terre produit est la réalité immédiate.
Le tronc n'a pas de goût, n'est pas comestible, mais c'est à travers lui que monte la sève vivifiante. Son aspect est brun, couleur austère, mais c'est lui qui rend possible la magnificence de l'arbre avec la majesté de son feuillage, ses fleurs chatoyantes et surtout ses fruits délicieux.
Le monde, à la fin des six jours de la Création, n'est pas encore accompli, achevé : c'est à l'homme de le parfaire. En effet, la Création ne devient une réalité propre, indépendante, que si elle se distingue du Créateur. La création implique donc le retrait de D-ieu et ce retrait rend possible la désobéissance envers D-ieu ou, en d'autres termes, le mal. La désobéissance des arbres exprime ce danger intrinsèque à la création, implicitement contenue en elle.
Et l'homme, créature de D-ieu par excellence (cf. Note 3), grâce au libre-arbitre dont il a été doté, a la faculté d'accentuer, (et dans un premier temps accentue effectivement), cet éloignement de D-ieu. Ainsi la faute de l'homme, expression de son libre-arbitre, a pour conséquence le fait que la terre, au lieu de produire des fruits, sécrète des ronces. Mais l'homme a aussi la possibilité et le devoir de rapprocher la création de D-ieu, de tendre vers la réalisation du projet divin consistant en la création d'un arbre-fruit, c'est-à-dire d'un arbre dont le tronc révèle, de manière apparente et non voilée, l'excellence du feuillage et du fruit ; un arbre dont le support est à l'image du fruit, ou, en d'autres termes, un monde dans lequel le bien n'est plus à rechercher sous l'écorce du mal, mais où le mal lui-même est transformé en bien. Ce pari sera réalisé aux temps messianiques.

L'HISTOIRE


En observant l'histoire, on peut trouver notre monde repoussant: que de crimes et d'abjections! Au point que l'on peut parfois s'interroger: est-ce vraiment D-ieu qui l'a créé ?
Mais ce risque est justement inhérent au pari de la création. Nous savons que, malgré les apparences,


"l'univers est empli de la Gloire de D-ieu" 


Aussi, lorsqu'on prend un peu de hauteur, on ne voit que la forêt verte; de même, en entrant dans les profondeurs, on trouve la sève; en somme, l'histoire se dirige vers la réalisation du projet initial.
L'homme ne peut en effet se couper de l'Esprit Saint qui a été insufflé en lui, et c'est lui qui est porteur du rétablissement du monde.
Ainsi la nature, qui dès Berechit est en état de révolte, reviendra à D-ieu. grâce à la conscience et à l'intervention de l'homme.


"Qu'est l'homme pour que Tu te souviennes de lui, le fils d'Adam pour que tu le considères ? Et pourtant, en le plaçant presque au niveau des anges, Tu as tout placé en son pouvoir." 

Onaa





Une entrevue avec le Professeur Henri Atlan
By ELIAS LEVY, Reporter
Thursday, 02 September 2010

cjnews.com

Médecin, biologiste, philosophe et exégète des textes talmudiques, Henri Atlan, qui est l’un des pionniers des théories de la complexité et de l’auto-organisation du vivant, est l’auteur de nombreux travaux en biologie cellulaire, en intelligence artificielle, en biophysique et en éthique de la biologie et d’une importante oeuvre de réflexion philosophique et talmudique.Henri Atlan
Professeur émérite de biophysique à l’Université Hébraïque de Jérusalem et à l’Université de Paris-VI, directeur du Centre de recherche en biologie humaine de l’Hôpital universitaire Hadassah de Jérusalem et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, cet éminent scientifique franco-israélien a été, de 1983 à 2000, membre du Comité consultatif national d’éthique français pour les sciences de la vie et de la santé.
Né à Blida, en Algérie, ce penseur iconoclaste poursuit une réflexion critique inspirée de sa pratique scientifique. Ses travaux, qui font autorité dans les cénacles scientifiques et universitaires internationaux, interrogent la nature complexe des relations entre la science et l’éthique, de même que la compatibilité entre une pensée scientifique préoccupée souvent déterministe et la compréhension des complexités, source continue d’indéterminismes. La pensée d’Henri Atlan contribue sensiblement à éclairer les questions de société épineuses que soulèvent le clonage reproductif, dont il est l’un des grands spécialistes mondiaux, les découvertes récentes sur les prions, la biologie du développement…
Son dernier livre, De la fraude. Le monde de l’Onaa, paru récemment aux Éditions du Seuil, est une réflexion talmudique et philosophique profonde et perspicace, qui nous aide, à l’aide d’un concept talmudique, l’Onaa, à repenser le statut de la fraude dans notre monde contemporain.
Le Professeur Henri Atlan nous a accordé une entrevue. Nous l’avons joint à son domicile, à Jérusalem.

Canadian Jewish News: Que signifie “Onaa”?

Henri Atlan: Le mot hébreu Onaa désigne un dommage produit par une fraude et subi par un individu ou une collectivité. Mais on nous dit curieusement dans le Talmud qu’il existe aussi une Onaa de paroles (Talmud de Babylone, Baba Metsia, Michna, 58 b.). On entend par là des dommages spécifiques que produisent des fraudes par rapport à la sincérité et à la vérité de paroles comme il existe des fraudes par rapport à la vérité des prix. Fraudes de toutes sortes donc dans le commerce entre les hommes. Mais l’Onaa est une fraude à la limite du licite, différente en cela du vol et de la fausse monnaie. De même que l’Onaa comme blessure verbale est différente du mensonge en général, même si certains mensonges peuvent en être la cause. Il s’agit d’un domaine intermédiaire entre vérité absolue (du marché, de la parole) et dissolution totale dans la fraude et le mensonge gé néralisés.

C.J.N.: Le Talmud a institué un “seuil” pour mesurer une “Onaa” de nature économique ou financière.

Henri Atlan: La législation talmudique a institué en effet une notion de seuil, au-dessous duquel la lésion ou le dommage subi est “pardonné”. Au-dessus de ce seuil, la lésion est inacceptable, elle s’assimile alors au vol et la transaction est annulée, bien qu’il puisse rester un quelque chose d’irréversible dans la blessure subie dans son être par la personne initialement lésée. D’après le Talmud, ce seuil est indispensable pour préserver un minimum de stabilité et d’accord dans les échanges économiques ou financiers.
Dans le cas de l’Onaa économique ou financière, ce seuil a été établi dans le Talmud à un sixième du prix du marché, c’est-à-dire que si on achète moins cher qu’un sixième du prix du marché, ou si on vend plus cher qu’un sixième du prix du marché, alors on a fait une fraude. La transaction doit être annulée. Par contre, si l’écart par rapport au prix du marché est inférieur au sixième de ce prix, la transaction est admissible et l’écart en question, la fraude comme on dit, est pardonnée, c’est-à-dire que l’Onaa est admise à condition de ne pas dépasser le seuil d’un sixième.

C.J.N.: Le monde de l’“Onaa” se situe aux antipodes de la Bible, qui elle condamne de manière absolue la fraude et le mensonge. Il s’agit donc d’une divergence d’interprétation importante entre la Bible et le Talmud?

Henri Atlan: Ce n’est pas le seul cas où on observe une différence très importante entre ce que dit la Bible et l’interprétation qu’en donne le Talmud. Ces divergences d’interprétation ne doivent pas étonner car le Talmud n’est pas une simple répétition, ni une simple interprétation, de la Bible. Le Talmud réalise une activité créatrice, fruit du travail de réflexion des Rabbins qui sont des Maîtres de la Michna et de la Guémara, qui renouvelle beaucoup de thèmes qui apparaissent dans la Bible. La question de l’Onaa, qui dans la Bible apparaît comme très banale, acquière d’autres dimensions dans l’interprétation talmudique.
Il y a beaucoup d’autres exemples de divergences de vues entre la Bible et le Talmud. Le prêt à intérêt est absolument interdit dans la Bible. Or, le Talmud, avec une décision de Hillel, permet au contraire d’effectuer le prêt à intérêt pour le besoin de l’économie, évidemment en l’encadrant avec un certain nombre de règles. Le prêt à intérêt est permis à condition de ne pas dépasser un certain nombre d’abus au niveau de l’intérêt réclamé et à condition que celui-ci serve à un investissement productif et pas seulement à la spéculation. Autre exemple de divergence: la polygamie, permise dans la Bible, a été interdite non pas par le Talmud mais, au Xe siècle, dans le monde ashkénaze par un Rabbin. Autre point de divergence entre la Bible et le Talmud: le tirage au sort, qui joue un rôle tout à fait fondamental dans certains rites bibliques comme moyen d’oracle, pour révéler la parole divine et même pour rendre la justice et découvrir un coupable, est totalement banni dans le monde talmudique.

C.J.N.: Le monde de l’“Onaa” nous rappelle que la fraude et le mensonge ne se cantonnent pas uniquement au monde économique ou mercantile mais flétrissent aussi la parole.

Henri Atlan: Dans le cas de la fraude financière ou économique, à propos de laquelle le Talmud institue un seuil de tolérance d’un sixième, qui n’existe pas dans la Bible, il existe une règle, comme d’autres règles qui régissent les échanges économiques et des dimensions importantes de ceux-ci: le prêt à intérêt, l’interdiction de voler… Par contre, si on étend le monde de l’Onaa à la parole, c’est ce que fait l’interprétation talmudique, on s’aperçoit que la fraude en paroles, la Onaat dvarim, comme dit le Talmud, apparaît comme quelque chose de tout à fait fondamental dans tout un ensemble de conceptions. La parole est alors absolutisée. Ça commence dans la Bible avec la notion de Neder, le voeu. C’est-à-dire que toutes les précautions instituées déjà dans la Bible autour du fait de faire une promesse ou un voeu montrent qu’on accorde une importance très grande à la parole, qui en fait joue le rôle d’une chose. En hébreu Davar signifie aussi bien une parole qu’une chose. La parole n’est pas que du vent.
On retrouve cette fonction très importante de la parole à propos de l’interdiction appliquée à la Onaat dvarim, la fraude en paroles, la tromperie en quelque sorte. Cette fraude en paroles se situe dans un entre-deux par rapport au mensonge, ce n’est pas un mensonge, c’est un demi-mensonge. Mais un demi-mensonge, même parfois en tant que tromperie involontaire, peut causer des dommages, des blessures verbales, notamment par l’humiliation d’autrui, qui souvent sont très graves et peuvent même, comme dans l’histoire racontée dans le Talmud à propos de Rabbi Eliezer, de ses collègues et de ses disciples, se terminer par la mort.

C.J.N.: Il est impossible de définir “un seuil de tolérance” dans le cas de l’“Onaa” de paroles.

Henri Atlan: C’est une des difficultés dans la compréhension du texte talmudique consacré à la question de l’Onaa. Le Talmud nous dit que de la même façon qu’il existe une Onaa dans les affaires d’achats et de ventes, il existe aussi une Onaa en paroles. Évidemment, c’est impossible d’appliquer à une Onaa en paroles la règle du seuil d’un sixième appliquée dans le cas d’une transaction commerciale ou financière. Mais le simple fait de mettre ces deux types de lésions ou de dommages causés à autrui sur le même plan nous invite à essayer de mesurer cette fois-ci le dommage dans l’être et non plus dans l’avoir que peuvent infliger des paroles trompeuses ou semi-mensongères, bien qu’un tel dommage soit pour celui ou celle qui le subit démesuré. C’est cet effet de quantification ou de mesure qu’apporte l’expli cation kabbaliste.

C.J.N.: Le monde de l’“Onaa” peut-il nous aider à repenser le statut de la fraude, surtout après la crise financière mondiale de l’automne 2008?

Henri Atlan: Je m’intéresse à la question de l’Onaa depuis plusieurs années. J’avais presque terminé d’écrire ce livre quand a éclaté la dernière crise financière avec son lot de scandales scabreux, notamment l’affaire Madoff. C’est un pur hasard si l’actualité éco no mique a rattrapé le thème de mon livre.

C.J.N.: Vous démontrez pourtant que la notion d’“Onaa” et ses corollaires sont toujours d’une brûlante actualité en ce début du XXIe siècle.

Henri Atlan: Absolument. Le rapport curieux, et pas évident, entre la fraude financière et la tromperie en paroles me semble très intéressant pas seulement du point de vue de la compréhension du texte talmudique, mais aussi pour ses applications au monde contemporain et à la situation que l’humanité vit aujourd’hui. Nous vivons désormais à une époque entièrement prédominée par la communication et la propagande. Or, la communication et la propagande sont des formes évidentes de demi-mensonges, c’est-à-dire d’Onaa en paroles.

C.J.N.: Dans le chapitre intitulé “Dissolution”, vous démontrez explicitement comment les démocraties ont recours à la propagande pour contrecarrer les mensonges relayés par les régimes totalitaires. Vous rappelez que des démocraties -c’est le cas aussi d’Israël- utilisent des “demi-vérités” et des“demi-mensonges” pour réfuter les thèses de leurs détracteurs.

Henri Atlan: De ce point de vue, la démocratie est quand même préférable aux régimes totalitaires, où il n’y a pas de contre-propagande. La communication joue en effet un rôle de plus en plus important dans les démocraties. Celle-ci permet aux différentes opinions de s’expri mer avec tous les inconvénients que ça comporte, la communication utili sant très souvent tous les moyens et toutes les ficelles de la propagande, qui sont de l’ordre des demi-tromperies ou des demi-mensonges. Mais au moins en démocratie il y a toujours une contre-propagande ou une contre-communication possible tandis qu’en régime tota li taire toutes les techniques de communication sont mises au service d’un seul pouvoir autocratique, qui exclut catégoriquement la moindre critique.

C.J.N.: Vous rappelez que l’“Onaa”, c’est-à-dire la fraude et le mensonge, sévit aussi dans le milieu de la re cherche scientifique.

Henri Atlan: La fraude scientifique a toujours existé sous des formes brutales: la falsification de données scientifiques, le plagiat, le vol par un savant de découvertes scientifiques réalisées par un confrère… Ce type de fraude scien ti fique flagrante et brutale a toujours existé, tout en étant très rare tout simplement parce que chaque fois que ces fraudes ont été découvertes leurs auteurs ont été sévèrement sanctionnés et exclus de la communauté des chercheurs. Par contre, ce qui est relativement nouveau, c’est la pénétration de la communication dans le monde des sciences. C’est quelque chose qui correspond à cette espèce de dissolution dont je parle dans le livre.
La vérité scientifique doit faire l’objet d’une information aussi objective que possible. Mais, aujourd’hui, la communication s’empare de l’information, qui devient une promotion, comme s’il s’agissait de vendre des produits en tablant sur des techniques de marketing de plus en plus sophistiquées. Le but est de valoriser les travaux de recherche de tel ou tel laboratoire scientifique afin de trouver les financements nécessaires pour mener à terme cette recherche. Ceci est dangereux parce que ça se traduit souvent par des dérives qui sont tout à fait de l’ordre de ces demi-mensonges qu’utilisent les techniques de la communication. Dans le livre, je donne un certain nombre d’exemples parti cu lière ment frappants et choquants, notamment les stratégies trompeuses concoctées par des grandes compagnies pharmaceutiques pour la mise sur le marché de leurs médicaments, avec l’aide de leurs bureaux professionnels de communication.

C.J.N.: Pourquoi le Talmud rejette-t-il catégoriquement la notion d’“absolu”, sacralisée dans la Bible?

Henri Atlan: Le Talmud récuse abso lu ment la notion d’absolu, ce qui semble contradictoire. En fait, le Talmud relativise la notion d’absolu. C’est un des traits du passage du monde bi blique au monde talmudique. Le monde biblique est le monde de l’absolu, du sacré, qui se dévoile comme tel. Le monde talmu dique, c’est celui qui commence avec l’Exil de Babylone, avec le deuxième Temple -déjà la présence du sacré dans le deuxième Temple n’est plus aussi évi dente que dans le premier Temple-, et qui connaîtra un grand essor après la destruction du deuxième Temple.

C.J.N.: Dans le monde des idées philosophiques, des illustres penseurs, tels que Platon et Kant, ont aussi érigé en dogme la notion d’“absolu”. Vous ne semblez pas partager leur position sur cette question. Pourquoi?

Henri Atlan: C’est une question fort complexe. En effet, Platon préconise la vérité absolue des idées et des essences, mais d’un autre côté le même Platon préconise dans son livre La République une tromperie véritable, pas seulement une demi-tromperie, afin d’assurer la pérennité de ce qu’il considère être “le bien de la société”, c’est-à-dire la pratique d’un eugénisme radical par les magistrats qui dirigent cette société. En fait, cette épineuse question a agité beaucoup de grands philosophes, qui ont placé le mensonge au sommet de la criminalité. Le plus célèbre d’entre eux est certainement Kant. Pour ces derniers, le mensonge est le crime absolu, beaucoup plus grave que de voler ou même de tuer. Pourquoi? Parce que le mensonge détruit complètement la vérité des échanges de paroles, qui est l’un des fondements cardinaux d’une société humaine. Le meurtre d’une personne, c’est évidemment un crime très grave, mais qui n’est pas le propre de l’humain, les animaux se tuant aussi entre eux, tandis que le mensonge sape les fondements de l’humanité. Cela ne veut pas dire que ces philosophes penseraient qu’il faut condamner au tribunal un menteur plus lourdement qu’un criminel.

C.J.N.: Donc, la Bible et le Talmud mettent plus l’emphase sur le statut moral d’un mensonge que sur son statut juridique?

Henri Atlan: Oui, comme les philosophes mentionnés tantôt. C’est ce qui explique l’importance qui est attribuée à la fraude et au mensonge dans la Bible et surtout dans le Talmud, qui les considèrent comme des fautes extrêmement graves du point de vue moral mais certainement pas du point de vue juridique. Il faut donc faire une distinction entre le juridique, pour qui évidemment le fait d’infliger une lésion corporelle à quelqu’un d’autre, et à fortiori le fait de le tuer, est un crime beaucoup plus grave que le simple fait de mentir. Je ne parle même pas des tromperies en paroles involontaires. Mais c’est vrai que le mensonge, la tromperie et les dommages causés, l’humiliation que peuvent infliger des paroles violentes ou bles­santes, ont d’un point de vue moral un statut très élevé. Il ne faut pas confondre le jugement qu’on peut porter sur la gravité de ces fautes d’un point de vue moral avec le statut juridique de celles-ci.

C.J.N.: Vous êtes un scientifique renommé et aussi un fin connaisseur des textes de la tradition religieuse juive. Quel est votre position sur la complexe question du rapport entre la foi religieuse et la science ?

Henri Atlan: Il ne faut certainement pas les mélanger. Mais pour moi, les textes juifs traditionnels ne sont pas de l’ordre de la foi religieuse mais de nature mythique et philosophique, comme tous les grands textes philosophiques, notamment ceux de l’Antiquité, et pas seulement en Grèce mais aussi en Perse ou en Inde. Je les étudie en faisant usage autant que possible de la raison. La notion de texte révélé est très problématique, et même blasphématoire, si l’on entend par là des textes véhiculant la “Parole de Dieu”. Un texte ne peut être considéré comme sacré sans blasphème que s’il se présente sans auteur surnaturel ni même identifiable, comme par exemple les Upanishads indiens. C’est ce que j’ai essayé de montrer dans le deuxième tome de mon livre Les Étincelles de hasard (Éditions du Seuil, 2003), en l’intitulant “Athéisme de l’Écriture”. Mais les usages de la raison sont différents quand ils con­cernent la science ou le mythe tant par la méthode que par les contenus de savoir. Il ne faut donc pas confondre la rationalité scientifique avec la rationalité du mythe. J’ai essayé d’analyser ces différences dans mon livre A tort et à raison (Éditions du Seuil,1986), que j’ai sous-titré pour cela “Intercritique de la science et du mythe”.

Apocryphes et pseudépigraphes





                           Apocryphes et pseudépigraphes
 Écrits au statut particulier et aux points de vue différents


Recueils de textes juifs qui datent de la période du Second Temple et des années immédiatement ultérieures et qui ne sont pas entrés dans Ie canon de la Bible juive.

Les apocryphes et les pseudépigraphes sont essentiels pour I'étude du judaïsme de la période du Second Temple et pour la compréhension des textes du judaïsme rabbinique et des débuts du christianisme.


Les apocryphes et les pseudépigraphes, textes de types divers et exposant des points de vue différents, furent à I'origine écrits dans des langues variées (hébreu, araméen et grec) et en des lieux divers: Erets Israël et Egypte. La division de ces écrits en deux grands groupes, les apocryphes (les livres « cachés ») et les  pseudépigraphes (livres attribués à une personne autre que leur auteur véritable), vient de la manière dont ces ouvrages ont été préservés et de leur statut aux yeux des différentes Eglises.

Les livres apocryphes sont ceux qui ont été inclus dans la traduction grecque de la Bible, les Septante, et dans sa traduction latine par saint Jérôme, la Vulgate, et qui furent sanctifiés par leur inclusion au canon des Eglises grecque orthodoxe et catholique. Ce sont:

Tobit, Judith, Baruch, la Lettre de Jérémie, la Sagesse de Ben Sira (le Siracide ou l'Ecclésiastique), la Sagesse de Salomon, les livres I et II des Maccabées, Esdras, ainsi que des ajouts à Esther et à Daniel.

Les livres pseudépigraphiques furent conservés par diverses Eglises, mais ne furent pas inclus dans Ie canon biblique chrétien. II n'y a pas de liste unanimement adoptée des ouvrages pseudépigraphiques beaucoup plus nombreux que les apocryphes. Nombre de textes pseudépigraphiques portent des interpolations chrétiennes,certaines composées par des auteurs chrétiens pour modifier des textes juifs datant de I'époque du Second Temple.

Les sages rejetèrent les apocryphes et les pseudépigraphes qui sont des désignés dans Ie Talmud sous Ie nom de sefarim hitsonim (« livres extérieurs »).

Les apocryphes et les pseudépigraphes n'ont pas seulement été préservés en grec ou en latin; certains nous sont parvenus dans les langues de diverses Eglises: éthiopien, arménien, syriaque, vieux slavon. D'autres ont survécu dans leur langue d' origine: quelques-uns en grec, et un (Ben Sira ou Ecclésiastique) en hébreu; la version originale de ce dernier texte a été découverte à la fin du XIXième. siècle dans la Genizah du Caire.
Des restes d'autres ouvrages analogues, en hébreu et en araméen, ont été découverts à Qoumrân parmi les manuscrits de la mer Morte.

Les apocryphes et les pseudépigraphes comportent divers types de textes, parallèles à la Bible pour la plupart. Il y a des ouvrages historiques de grande qualité, d'autres qui se prétendent historiques et des oeuvres de fiction au contenu didactique et dramatique; on y trouve aussi des ouvrages de sagesse et des ouvrages philosophiques, des psaumes et des révélations, des prophéties et des travaux qui développent les récits bibliques concernant certains grands personnages ou qui réécrivent des épisodes bibliques en insistant sur d'autres aspects que ceux retenus par la Bible. Quelques-uns des écrits apocryphes prétendent compléter des livres bibliques. Ces oeuvres extracanoniques n'offrent pas un caractère uniforme et elles se rattachent à une grande variété de genres littéraires.

Source : Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, Ed. Cerf/Robert Laffont, 1997


Signalons malgré tout qu'un livre apocryphe comme Ben Sirat est parfois cité dans le Talmud, non comme livre inspiré mais pour ses références historiques


La Sagesse de Ben Sira était, de tous les apocryphes, l’oeuvre la plus populaire et malgré l’interdiction talmudique d’utilisation à des fins homilétiques (Sanhédrîn 100 b), elle est souvent citée par le Talmud, comme plus tard par Saadia Gaone et Rabbeinou Nissim. Elle s’est cependant perdue vers le douzième siècle et l’on n’en connaissait que des fragments en grec et en syriaque. Israël Lévi réussit à en reconstituer les deux tiers à l’aide d’une étude critique de fragments découverts dans la Gueniza du Caire et publiés en 1891. 

Les manuscrits de la mer morte


     Retour sur les manuscrits
     de la mer Morte



Des écrits très anciens découverts dans le désert de Judée sont, depuis plus de 50 ans, au cœur d’un conflit. Qu’avons-nous appris de ces textes à l’origine de tant de débats ? 



Au moment où les Nations Unies délibéraient sur la constitution d’un État juif en mai 1947, un jeune Bédouin, Mohammed edh-Dhib, faisait une découverte incroyable : il tombait par hasard sur un ensemble de jarres en terre cuite tandis qu’il cherchait l’une de ses chèvres, égarée dans les grottes qui surplombent Khirbet Qumrân, non loin de la mer Morte. Dans ces jarres, il trouva une série de rouleaux en cuir très anciens, que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de manuscrits de la mer Morte.
On pense que ces rouleaux furent cachés pour être sauvegardés dans le désert aride de Judée à la fin des années 60 de l’ère chrétienne, alors que les légions romaines convergeaient sur Jérusalem afin d’éliminer le régime juif. Il est d’autant plus étrange que leur révélation ait coïncidé avec la naissance du nouvel État juif.


De même, il est paradoxal que, si l’identité de la personne qui cacha les rouleaux s’est perdue au cours de l’Histoire, un sort presque identique ait attendu les rouleaux. Les bergers nomades musulmans tirèrent rapidement parti des récipients en terre et de leur contenu. On dit qu’ils essayèrent de brûler quelques-uns des antiques parchemins en cuir dans leurs feux de camp pour élever légèrement la température par une nuit froide. Ainsi, les manuscrits auraient tous pu partir en fumée s’ils n’avaient dégagé une odeur âcre en se consumant.
Mohammed et sa famille portèrent quelques autres rouleaux à un cordonnier de Bethléem, espérant sans doute qu’ils seraient plus utiles en matière première pour fabriquer des sandales qu’en combustible pour le foyer. Le cordonnier, connu sous le nom de Kando, se disait aussi marchand d’antiquités ; conscient de la valeur potentielle des rouleaux, il offrit quelques pièces de monnaie contre la trouvaille de la famille bédouine.
Il fit ensuite porter par les Bédouins quatre rouleaux à Mar Samuel, le métropolite de l’Église orthodoxe syrienne de Jérusalem à laquelle appartenait Kando, afin d’en connaître la valeur et d’en savoir davantage sur eux. Au début, l’entourage du métropolite refoula les visiteurs, les prenant pour des mendiants, mais les Bédouins réussirent finalement à exposer le but de leur visite. Mar Samuel paya 24 livres Sterling de l’époque pour les quatre rouleaux, somme que Kando avait auparavant accepté de partager avec les Bédouins.


LES ROULEAUX CHANGENT DE MAINS


À ce stade, personne ne savait même dans quelle langue étaient écrits les manuscrits. Le métropolite contacta donc un professeur de l’Université hébraïque de Jérusalem, Eliezer Sukenik, dans l’espoir de déterminer leur valeur.
Le professeur avait déjà appris que le cordonnier Kando avait en sa possession quelques rouleaux similaires, même s’il n’avait pas réalisé que tous venaient du même endroit. E. Sukenik voulait les acheter au marchand, mais la situation était pour le moins délicate. La région était alors en pleine ébullition. Pourtant, le 29 novembre 1947, le jour même où les Nations Unies votaient la fondation de l’État d’Israël, E. Sukenik risquait sa vie pour se rendre à Bethléem, dans la zone arabe, afin d’y acquérir les trois parchemins que Kando détenait encore.


Par la suite, Mar Samuel prêta les quatre rouleaux en sa possession au professeur de l’Université hébraïque pour qu’il les examine. À un moment donné, E. Sukenik et l’Université avaient donc tous les rouleaux en un seul endroit, ignorant toujours que ceux-ci provenaient de la même grotte à Qumrân. Cependant, même lorsqu’il fut sollicité, Mar Samuel refusa de vendre ses manuscrits à E. Sukenik, et le professeur dut les lui rendre à contrecœur.
Après un nouvel examen des trois rouleaux qu’il avait achetés à Kando, E. Sukenik conclut qu’ils avaient appartenu à une communauté essénienne dont des sources historiques avaient établi l’existence dans la région. Plus tard, l’archéologie confirmera que Khirbet Qumrân était effectivement le site possible d’une activité des Esséniens.


Jusqu’à cette époque, la Palestine avait été gouvernée dans le cadre d’un mandat que la Société des Nations avait accordé à la Grande-Bretagne en 1919, après la Première Guerre mondiale. Or, dans les deux années qui suivirent la découverte du berger à Qumrân, la Palestine fut partagée selon les termes de la résolution des Nations Unies de 1947 et le cessez-le-feu de la guerre de 1948-49 qui s’ensuivit. En conséquence, le désert de Judée tomba sous le contrôle de la Jordanie et le resta jusqu’en 1967. Des tensions continuelles entre Arabes et Israéliens compliquèrent considérablement les efforts entrepris pour faire toute la lumière sur les curieux rouleaux.
À peu près au moment de la partition de la Palestine, Mar Samuel emporta secrètement sa collection aux États-Unis pour la conserver dans un coffre de banque. En 1954, il fit passer une annonce dans leWall Street Journal afin de la vendre : un acte illégal selon les Jordaniens, car les rouleaux avaient été découverts sur un territoire qui appartenait désormais à la Jordanie. 

Néanmoins, un éminent archéologue israélien, Yigal Yadin, répondit par le biais d’intermédiaires et acheta les rouleaux pour l’État d’Israël contre 250.000 dollars. En revanche, ni Mar Samuel, ni les Bédouins ne tirèrent bénéfice de la vente, et le fisc saisit la plus grande partie des gains
Les miracles de la technologie. Les manuscrits de la mer Morte seront disponibles à l'avenir sur Internet, pour les curieux du monde entier. Pour Y. Yadin, l’acquisition des rouleaux était une victoire personnelle. Son père n’était autre qu’Eliezer Sukenik, l’homme qui, le premier, avait identifié les parchemins, mais aussi établi leur datation et leur origine. Malheureusement, E. Sukenik était mort l’année précédente et il ne vit donc jamais les sept rouleaux de nouveau réunis. Ils sont aujourd’hui exposés à Jérusalem-Ouest, dans le Sanctuaire du livre, un musée spécialement construit dont la forme architecturale s’inspire d’un couvercle de jarre, rappelant les objets en terre cuite dans lesquels les rouleaux furent découverts.


À LA RECHERCHE D’AUTRES ROULEAUX


Dès que la découverte des rouleaux fut rendue publique et qu’ils furent évalués, une « course au trésor » s’ensuivit. Une équipe archéologique dirigée par Roland de Vaux, de l’École biblique de Jérusalem-Est – sous contrôle jordanien –, rivalisa avec les Bédouins, lesquels considéraient toujours les manuscrits comme une source potentielle de revenus.
On finit par extraire des rouleaux de onze grottes de la région de Qumrân. Le musée Rockefeller, également situé à Jérusalem-Est, devint le dépositaire de toutes les pièces recueillies par la suite dans les grottes. En tout, plus de 800 rouleaux furent trouvés, bien que seize seulement fussent intacts, au moins en grande partie. Le reste comptait plus de 15.000 fragments de dimensions variables. La grande majorité des manuscrits avait subi les ravages des deux mille années écoulées et même le climat désertique, pourtant favorable, n’avait pas pu les préserver.


Au fil du temps, des universitaires ont regroupé d’autres rouleaux et écrits, en plus des manuscrits de la mer Morte, essentiellement en raison de leur proximité dans le temps et/ou dans l’espace. Il s’agit des textes de Massada, la forteresse juive du premier siècle bâtie sur un promontoire désertique, et de ceux de Bar Kochba relatant la révolte du deuxième siècle, ainsi que des pièces provenant du site samaritain de Wadi el-Daliyeh et des documents de la Genizah du Caire, réserve de la synagogue du neuvième siècle abritant des exemplaires endommagés de la Torah et d’autres manuscrits.


MAINTES IDÉES ERRONÉES


Après la révélation de leur existence au vingtième siècle, les manuscrits de la mer Morte restèrent pendant vingt ans la propriété de deux institutions universitaires voisines, quoique séparées par un mur infranchissable. Étant donnée l’impasse politique où se trouvaient Arabes et Israéliens, la plus grande partie du travail de traduction (autre que sur les sept premiers rouleaux) dut être confiée à des universitaires chrétiens, non à des homologues juifs. Cette situation a fait naître l’idée que les rouleaux étaient liés au christianisme, davantage qu’au judaïsme. Les raisons de cette interprétation disparurent en 1967, avec la guerre des Six Jours et la prise de Jérusalem-Est par Israël. L’École biblique et l’Université hébraïque pouvaient enfin unir leurs efforts.


Même après que les principaux rouleaux eurent été traduits et mis à la disposition du public, ils restèrent le sujet d’aigres discussions. Dans les années 1980, le Vatican se trouva incriminé dans un complot religieux. Cependant, les accusations selon lesquelles il retardait la publication des traductions des manuscrits se révélèrent finalement sans fondement. Plus qu’autre chose, elles mirent simplement en évidence l’apathie qui s’était emparée du projet. Elles portaient spécifiquement sur des documents découverts dans la Grotte 4, mais qui n’avaient pas encore été publiés officiellement en totalité, bien qu’une grande partie ait paru par bribes dans des journaux universitaires. La difficulté résidait dans le nombre même de fragments de rouleaux. Aucun manuscrit intact n’avait été trouvé dans la grotte. Rassembler le puzzle en associant des lambeaux de parchemins ou de papyrus prenait beaucoup de temps. De plus, l’assemblage des traductions partielles était un défi presque identique au travail sur les antiques fragments eux-mêmes. Pourtant, en fin de compte, une traduction intégrale officielle vit le jour.
Les attentes de ce qu’on allait découvrir dans les rouleaux avaient échauffé les esprits. Mais les écrits anciens n’ouvrirent pas les perspectives que tant de personnes avaient espérées. Les rouleaux ont été intéressants principalement pour les sphères universitaires, non pour le judaïsme ou le christianisme.
Quelques érudits, par exemple, redoublèrent d’efforts pour essayer d’identifier les premiers personnages chrétiens dans les textes des rouleaux. Jean le Baptiste et Jacques le Juste (frère de Jésus) furent tous deux proposés pour le « maître de Justice » auquel il y est fait référence. Toutefois, ces affirmations n’ont jamais été prouvées.
Dans la même veine, José O’Callaghan, un prêtre espagnol, déclara que certains fragments en grec provenaient du livre des Actes et de l’Évangile de Marc. Cependant, pour défendre sa théorie, il dut manipuler le texte fragmentaire à un tel point que ses idées trouvent aujourd’hui peu de partisans.
Quant aux chefs du judaïsme, ils considérèrent d’abord les rouleaux comme un simple vestige d’une variante de leur religion qui n’aurait pas survécu à l’ère romaine. Les textes apportèrent peu à la compréhension du judaïsme pharisaïque ou rabbinique moderne. En revanche, d’une certaine façon, les rouleaux ôtèrent bien quelque chose au judaïsme. Effectivement, leur découverte établit indubitablement le pluralisme qui existait dans la religion juive au cours des siècles précédant la chute de Jérusalem en 70 de l’ère chrétienne. Ce fait seul transforma la compréhension du contexte religieux et social du premier siècle, notamment celui du christianisme primitif : on finit par le considérer comme une autre forme de judaïsme, conception qui amène et met en lumière la question sur l’écart qui sépare aujourd’hui les deux religions.


LES LEÇONS DU PASSÉ


Les bienfaits nés de la découverte des manuscrits de la mer Morte sont nombreux. Parmi les rouleaux se trouvaient des textes bibliques et leurs commentaires, ainsi que des documents sectaires exprimant le point de vue théologique d’un groupe particulier de Juifs (probablement des Esséniens). D’autres textes étaient pseudépigraphiques, c’est-à-dire des écrits quasi-bibliques tels que le livre des Jubilés et le livre d’Énoch, lesquels étaient très populaires à cette période. Les manuscrits comptaient également de la correspondance et des documents juridiques concernant, par exemple, des contrats de mariage.
Comme ils comprenaient des textes en différentes langues, les rouleaux aidèrent infiniment à la compréhension des langues de l’époque, que ce soit l’araméen, le grec, ou bien l’hébreu – que les Esséniens semblent avoir élevé au rang de langue de la religion. La récupération des documents hébreux améliora considérablement la connaissance moderne de cette langue puisque, jusque là, elle n’avait été comprise qu’à partir des textes bibliques essentiellement.
La découverte d’un si grand nombre de rouleaux et de fragments relatifs aux Écritures mit également l’accent sur la façon dont la population percevait alors les textes sacrés. Un seul livre de l’Ancien Testament, le livre d’Esther, n’a pas été retrouvé à Qumrân. Parmi les rouleaux sectaires, les citations tirées de certains livres bibliques (comme le Deutéronome, le livre d’Ésaïe et les Psaumes) dominaient. Les prophéties de Daniel bénéficiaient également d’un statut particulier. Il est révélateur que les Évangiles et les écrits apostoliques s’appuient clairement sur ces mêmes livres au travers de fréquentes citations.
Les parties sectaires des manuscrits de la mer Morte témoignèrent de l’intensité des sentiments religieux qui existaient aux premiers temps du judaïsme. Ainsi, les rouleaux ajoutèrent une nouvelle dimension à notre compréhension croissante de la société dans laquelle était née l’Église primitive. Ils montrèrent que la communauté religieuse de cette époque se polarisait sur de nombreux sujets, parmi lesquels le temple et même le calendrier. Le comportement religieux était apparemment une source de discorde dans la société.
Bien qu’ils n’aient pas dévoilé de nouveaux documents sensationnels comme beaucoup l’avaient espéré, les manuscrits de la mer Morte renseignèrent de nombreux domaines d’études bibliques au cours des cinquante dernières années et, en fait, ils continuent de le faire.


PETER NATHAN
Traduit par Anne-Marie Schilling

fondation-vision



Apparemment, ce n’est pas en 1947 que les manuscrits de la mer Morte ont été dérangés pour la première fois depuis le premier siècle. Bien qu’on en attribue la découverte à un berger bédouin en 1947, il semble que des rabbins du début du troisième siècle aient eu connaissance d’une cachette de rouleaux non loin de Jéricho.
Cette information permit au père de l’Église catholique du troisième siècle, Origène, de localiser près de Jéricho un manuscrit des Psaumes en langue grecque, dans des circonstances similaires à celles de la découverte faite au vingtième siècle. Les érudits ont débattu avec passion pour savoir si Origène avait eu accès aux rouleaux que nous connaissons aujourd’hui sous la dénomination de manuscrits de la mer Morte, ou à une autre cache de documents.
Cinq cents ans après Origène, un Juif karaïte, Daniel al-Qumusi, découvrit des rouleaux dans la même région et les porta à Jérusalem. Les karaïtes étaient une secte qui s’appuyait sur les Écritures et ses enseignements pour inspirer leur mode de vie et leurs actes, plutôt que sur le Talmud comme le faisait le judaïsme rabbinique. (Les karaïtes furent souvent considérés comme des descendants des sadducéens, tandis que le judaïsme rabbinique attribue ses origines à la tradition pharisaïque.) Les rabbins de Jérusalem ne montrèrent aucun intérêt pour les rouleaux d’al-Qumusi. C’est pourquoi toute information sur leur origine et leur teneur disparut de Jérusalem avec la communauté karaïte. Selon certains érudits, la découverte d’al-Qumusi permit de découvrir un document singulièrement sectaire, connu aujourd’hui sous le nom de « Document de Damas », à Qumrân ainsi qu’à la Genizah du Caire appartenant à une synagogue karaïte, dès la fin du dix-neuvième siècle.



Dossier sur irma.u-strasbg.fr

La Guéniza

Une lettre autographe d'Avraham, le fils de Moïse Maïmonide, l'un des nombreux documents conservés dans la Gueniza du Caire


La Guemara (Meguila 26b) nous enseigne : "Les objets qui ont été utilisés pour une Mitswa     peuvent être jetés, mais ceux qui ont été utilisés pour un but de sainteté doivent être mis à la Gueniza 



Le sanctuaire des textes sacrés du judaïsme




La Guéniza : Un sanctuaire où sont mis à l’abri pour l’éternité tous les manuscrits, livres, documents notariés, actes divers, correspondances, tous comportant le Nom de Dieu et par conséquent sacrés et interdits par la loi juive, de destruction volontaire. Ainsi, les écrits sont préservés de toute profanation, dans un endroit tenu secret. En 1896, Salomon Schechter fit la découverte de ce qui deviendra la plus célèbre guéniza, celle du vieux Caire, à Fôstat, elle est d’une importance considérable pour les spécialistes hébraïsants et du monde juif au Moyen Age. Celle de Cavaillon fut retrouvée sous le toit de la synagogue du XIV° siècle.
La guéniza italienne ou analogique, quant à elle, tient son nom du professeur Yaaquov Sussman, et se distingue par sa nature différente ; elle est composée de milliers de fragments de manuscrits hébreux, datant entre le 10ième et le 16ième siècle, réutilisés pour des reliures, ou des documents notariés, ou des pages de codex, que le professeur Mauro Perani a retrouvés dans de nombreuses Archives d’Etat et des bibliothèques italiennes, notamment à Bologne. Suite aux persécutions, expulsions, pogroms, les manuscrits sur parchemin ou sur papier, valant une marchandise précieuse, étaient récupérés par des relieurs qui les réutilisaient, laissant tous les livres imprimés au feu.
Compte tenu de la valeur paléographique des textes déposés dans la guéniza, il serait judicieux pour les communautés juives de s’interroger sur la meilleure manière de préserver les textes sans qu’ils ne se détruisent irrémédiablement. Certains présentent encore un certain intérêt (papier,couverture en cuir gravé, impression, écriture, imprimeur, datation, annotations du propriétaire etc..). Trop de textes ont été perdus ! judaicultures


                                          La guéniza du Caire

A la fin du XIXème siècle, une découverte archéologique va bouleverser le monde juif : la guéniza de la synagogue Ben Ezra à Fostat révèle ses secrets.

La guéniza, une salle secrète

L’origine du mot est persane et a donné le mot Gnose (science cachée, secrète). Dans la littérature rabbinique, il désigne le lieu où les âmes des justes se trouvent auprès de Dieu. 
Avec le développement de la synagogue au Moyen-Âge, s’est développée la construction de petites salles attenantes pour y cacher vieux sefer torah, vieux téfilines, etc. : la guéniza.
Il se trouve que certaines guénizoth (pluriel de guéniza) ont été de véritables trésors d’archives. Ce fut le cas de la guéniza de la synagogue du vieux Caire, du quartier de Fostat. 
C’est là que vécut Moïse Maïmonide (Rambam) jusqu’à ces derniers jours.
A la fin du XIXème siècle, le professeur Solomon Schechter en découvre les trésors. En 1897, il obtient l'autorisation de transférer près de 140 000 fragments à la bibliothèque de l'université de Cambridge, indépendamment des fragments qui se trouvaient déjà dans des bibliothèques de Saint Pétersbourg, Paris, Londres, Oxford et New York.

La richesse des manuscrits

Ces textes sont rédigés en hébreu, arabe et araméen, sur du vélin, du papier, du papyrus ou du tissu. Parmi les champs d'études qui ont tiré un large bénéfice de l'utilisation de cette source, on trouve les systèmes grammaticaux hébreux, les traductions et interprétations de la Bible. Des avancées scientifiques ont pu être réalisées concernant l'évolution de la loi religieuse juive, une meilleure connaissance du caraïsme, de l'Egypte fatimide et de la Palestine des Croisés, d'idiomes juifs particuliers tel que le judéo-arabe. De nombreux écrits de Maïmonide ont également été trouvés.
Ils informent aussi des relations entre juifs et musulmans. Les juifs acquittaient l’impôt spécial, portaient des vêtements distincts et ne construisaient pas de synagogues plus hautes que les mosquées.
Sous le règne du calife Al-Hakim (999-1021), les juifs du Caire ont rédigé une chronique pour le remercier de les avoir sauvés de la foule et du recouvrement des impôts par voie de justice. Ce fut néanmoins ce calife qui ordonna la destruction des synagogues et des églises, et dont les troupes commirent meurtres, viols et pillages au Caire et à Damas.
Hormis ces malheureux événements, les échanges interculturels s'avérèrent fructueux,particulièrement sous les Fatimides, du Xème au XIIème siècles. akadem



                     La Guéniza Italienne ou analogique

Par le Pr Mauro Perani, Université de Bologne (Italie).



La guéniza traditionnelle consacrée à préserver de toute profanation les textes sacrés portant le nom de Dieu, se distingue de la guéniza italienne appelée ainsi par analogie avec la précédente mais dont les textes ont subi la violation du remploi ; analogique car malgré tout, retrouvés certains textes manuscrits réutilisés se sont conservés dans les Archives d’Etat, les bibliothèques et les Archives des notaires italiens."

Qu’est-ce que la Guéniza italienne ?"



Une nouvelle découverte de manuscrits anciens



"Durant ces vingt dernières années, un intérêt croissant pour les découvertes, toujours plus nombreuses, de fragments de manuscrits médiévaux hébreux, réutilisés pour relier livres et registres, dans les bibliothèques et archives européennes, en particulier en Italie, a secoué le monde de la recherche. Ces archives et bibliothèques, où des milliers d’anciens manuscrits hébreux recyclés comme reliures ont été conservés, ont été appelés la "Guéniza italienne." Tout le monde sait bien que cette guéniza n’est pas une véritable guéniza, comme celle découverte par Salomon Schechter dans le vieux Caire vers la fin du 19ième siècle, mais elle est appelée ainsi par analogie.
L’utilisation analogique du terme "guéniza", européenne ou italienne, pour indiquer les archives et les bibliothèques conservant les reliures hébraïques, a été inventé par le professeur Yaaqov Sussmann à l’occasion du congrès pour le 80ième anniversaire de la découverte officielle de la guéniza du Caire en 1896 qui s’est tenu à Tel-Aviv en 1976.
En réalité, tout le monde ne sait pas que la guéniza italienne consiste en reliures de livres et de registres obtenus à partir des manuscrits médiévaux hébreux, conservés dans les archives et bibliothèques du vieux continent. Durant l’Exposition des fragments venus de la guéniza italienne, je me suis rendu à Jérusalem du mois de décembre 1999 au mois de janvier 2000, et plusieurs personnes m’ont alors demandé où cette guéniza se tenait, dans quelle ville et quelle synagogue.
La véritable guéniza et la guéniza analogique sont en effet non seulement deux phénomènes différents, mais également totalement opposés. En réalité, la première a été créée dans le but de préserver les textes sacrés de toute profanation, alors que la seconde représente une envie manifeste de violer les textes juifs, rédigés dans la langue sacrée et renfermant le nom sacré de Dieu. Mais le résultat identique de ces deux pratiques est que, que l’on découvre une ancienne guéniza ou des reliures obtenues de codex médiévaux juifs recyclés, ces manuscrits et livres imprimés hébreux reviennent entre nos mains.
Le phénomène de la réutilisation de toutes sortes de manuscrits était bien connu tout au long du Moyen Age et s’inscrivait dans un mouvement de réemploi de tous les matériaux de livres connus depuis les temps anciens. Cela fait dans le but, soit de réécrire, soit à d’autres desseins sur des papyrus, du cuir, du papier et surtout des parchemins. C’était un matériel de réemploi commun que ce soit pour réécrire, après avoir nettoyé l’encre du texte pré-existant, ou pour de plus modestes buts tel que la reliure de livres, principalement aux 16ième et 17ième siècles. Des milliers de manuscrits italiens, grecs ou liturgiques ont subi ce traitement auquel même les manuscrits hébreux n’ont pas échappé. Il apparaît clairement que, au fond, la réutilisation de ces manuscrits n’est pas exclusivement le résultat d’une persécution de l’Eglise ou de l’Inquisition contre les écrits juifs, mais la mort généralisée et normale de toutes sortes de manuscrits, causée par le développement du livre imprimé, rédigé en toutes langues. Si le "Projet Guéniza Italienne", fondé par feu leprofesseur Joseph Baruch Sermoneta za’’l, et dirigé par moi-même depuis 1992, recensait dans les archives et les bibliothèques italiennes environ 8 000 fragments de manuscrits médiévaux juifs (en majorité des folios et des bifolios complets), j’ai remarqué, pendant mes recherches dans les archives, dans les reliures des millions de fragments démembrés de manuscrits, de textes liturgiques, exégétiques, juridiques et autres sujets en latin, aussi bien que de manuscrits écrits en langue vernaculaire.
Néanmoins, un lien entre la confiscation et le brûlement des manuscrits hébreux effectués par l’Inquisition est en effet clair ; dans certains cas, nous avons des sources historiques explicites attestant que de nombreux livres, confisqués par l’Eglise pour être brûlés, ont été retirés du bûcher, du fait de leur nature de précieux parchemins, pour être vendus comme matériel à recycler.
Le rabbin allemand du 17ième siècle, Rabbi Joseph Yuspa Hahn Nordlingen, observe à propos de ces pratiques : "il est formellement interdit de relier des livres avec des pages prises sur des manuscrits à caractère religieux.(…)la page de manuscrit se vend plus cher quand elle est vendue comme une parchemin utilisé pour la reliure que lorsqu’elle est vendue comme un texte d’étude, en particulier de nos jours où les livres imprimés sont si répandus."
Comment des milliers de manuscrits hébreux ont-ils pu échouer entre les mains des relieurs chrétiens ? Le rabbin susnommé rapporte que "nombre de ces manuscrits sont parvenus entre les mains des chrétiens durant les temps des persécutions". En effet, la période fut marquée de pogroms et de confiscations de livres.
Un témoignage encore plus explicite peut-être trouvé dans le Megillat Vienetz , avec une description du pogrom contre les Juifs de Francfort en 1614. L’auteur, qui est spectateur du pogrom, rapporte ces actes de pillage et fait nettement la distinction entre le sort des livres imprimés qui étaient détruits et celui des parchemins manuscrits qui étaient vendus aux relieurs : "Les livres sacrés importants…/tous imprimés et magnifiquement écrits/ tellement nombreux qu’ils n’avaient aucune valeur pour eux/ Les mauvais éparpillés sur la route…/ils allumèrent un feu pour faire le mal/ et brûlèrent les livres vénérés/ ils se partagèrent entre eux les textes sur parchemin/ anciens et nouveaux/ ils valaient plusieurs milliers/plus chers que des bijoux/ et ils les vendirent à un artisan/ pour relier d’autres livres avec."
Dans les communautés juives de plusieurs pays des Balkans et d’Europe centrale, nous avons trouvé une pratique similaire, là cependant, pour la plupart, ils utilisaient des pages imprimées pour la préparation des reliures. Une description détaillée de cette pratique du 16ième siècle est donnée par Rabbi Samuel de Medina : «  La pratique des relieurs, ici à Salonique, est de faire un cartonnage. A partir des pages qui sortent en surplus des presses à imprimer…ils collent ces pages ensemble jusqu’à obtenir un cartonnage épais. Par la suite, il est utilisé pour protéger les livres reliés…Non seulement ils font ça, mais ils coupent également les cartons en morceaux plus petits pour protéger les livres les plus petits, et ils enlèvent des portions de ces plus petits morceaux de telle sorte que les cartons s’ajustent aux livres.  »
Le spécialiste chrétien l’hébreu, Giovanni Bernardo De Rossi (1742-1831), professeur de langues orientales à l’Université de Parme et collectionneur de manuscrits et livres imprimés hébreux, maintenant conservés à la "Bibliothèque Palatine" relève également cette réutilisation en reliure des manuscrits hébreux.
Alors que la véracité de ces témoignages n’est pas à mettre en doute, une autre hypothèse a été récemment mise en avant pour expliquer comment d’aussi nombreux manuscrits hébreux aient pu tomber entre les mains des relieurs chrétiens. Une étude exacte de la première date des enregistrements contenus dans un registre relié par des manuscrits hébreux, qui coïncide avec celle de la réutilisation, montre clairement que dans différentes régions, le pic des réutilisations correspond exactement aux années où les persécutions contre les Juifs se faisaient plus dures. Souvent, le pic correspond aussi aux dates d’expulsions. Ainsi, par exemple, le pic de Bologne tombe dans les années immédiatement après 1590, montrant un lien très net avec l’expulsion des Juifs de Bologne et des Etats de l’Eglise, ordonnée par le pape en 1593. De manière différente, à Modène - une ville distante d’à peine 30 kilomètres de Bologne, mais sous l’autorité de la famille d’Este - le pic correspond aux années 1630 alors que la main de l’Inquisiteur devenait plus ferme, que des Juifs étaient envoyés en jugement pour possession de livres interdits, et que dans le même temps, en 1638, le Ghetto était établi. De la même manière : le diagramme de près de 350 fragments talmudiques établi d’après la date de remploi montre un pic net dans les années1550, correspondatn aux confiscations du Talmud ordonnées par le pape Jules III en 1553.
Il apparaît donc que les Juifs n’ont pas vendu leurs manuscrits aux relieurs, mais bien plutôt qu’ils leur ont été pris par la force. Nonobstant, le grand zèle à racheter des livres qui tombaient entre des mains non juives semble avoir diminué de manière significative durant les 16ième et 17ièmes siècles. Le développement de l’imprimé et l’important déclin subséquent des manuscrits conduisit à un certain laxisme concernant l’obligation de racheter les livres, et de nombreux Juifs ne virent plus aucune raisons de dépenser de l’argent pour sauver les manuscrits qui tombaient entre les mains des relieurs et des notaires. En tout état de cause, sur la base du lien chronologique entre la confiscation des livres hébreux faite par les autorités ecclésiastiques et le moment de leur réutilisation, nous pouvons affirmer qu’une part conséquente des manuscrits hébreux réutilisés comme reliures a une origine inquisitoriale.
La pratique était particulièrement commune durant les 16ième et 17ième siècles dans les pays d’Europe où les communautés juives étaient bien représentées : Italie, Allemagne, Autriche et les régions voisines comme la Hongrie ou la Pologne. Mais dans d’autres pays, le phénomène n’est pas aussi présent qu’en Italie. En réalité, pour des raisons historiques bien connues, aux 14ième et 15ième siècles, de nombreux Juifs ont immigré en Italie en provenance d’autres régions d’Europe, résultat de persécutions ou d’expulsions, et souvent, ils emportaient leurs manuscrits avec eux. De nombreux manuscrits copiés deux ou trois siècles auparavant par des scribes juifs dans la péninsule ibérique et les régions ashkénazes, ont été rapportés en Italie, rejoignant ainsi les manuscrits des copistes italiens. Dans les deux dernières décennies du siècle dernier, le projet de recherche le plus systématique est celui qui fut mené en Italie il y a vingt trois ans maintenant. Italien. Ashkénaze. Sépharade.
En Italie, dans l’état actuel des recherches - qui est loin d’en être à sa conclusion - près de 8.000 fragments ont été découverts. De ce nombre important, 4.800 environ ont été découverts dans la seule Emilie Romagne. L’opinion la plus courante que la réutilisation de manuscrits hébreux était particulièrement concentrée dans les terres des Etats de l’Eglise n’est pas confirmée par la répartition des fragments, depuis que plus de 40% ont été trouvés à Modène et ses environs, qui sont en-dehors des terres ecclésiastiques et sous le duché d’Este. Le plus grand nombre de fragments ont été trouvés à Modène (près de 3.000) et à Bologne (environ 850).
Je voudrais signaler quelques particularités des fragments retrouvés en Italie, et leurs différences avec ceux trouvés dans d’autres pays, notamment en Espagne, où le profil des découvertes a changé de manière frappante après la découverte de 10 à 15.000 fragments hébreux majoritairement des manuscrits papier, collés ensemble pour fabriquer la reliure d’environ 250 actes notariés des Archives Historiques de Gérone. Pour comparer les fragments de la guéniza italienne avec ceux trouvés dans d’autres pays européens, nous devons prendre en compte ce qui suit. Premièrement, les fragments espagnols sont tous rédigés dans une écriture carrée, semi-cursive et cursive, alors que ceux trouvés en France, Allemagne ou les autres pays ashkénazes, sont tous rédigés en écriture ashkénaze. Au contraire, les fragments trouvés en Italie sont soit : d’origine italienne pour un tiers, d’origine ashkénaze pour un autre tiers et enfin d’origine sépharade pour le dernier tiers. Comme déjà signalé plus haut, ce fait reflète les vagues d’immigration des Hébreux en Italie en provenance d’autres régions européennes dans les siècles qui précèdent directement le début des réutilisations au milieu du 16ième siècle. Une autre différence est que, alors que les fragments trouvés en Italie, Allemagne, Hongrie et France sont strictement tous rédigés sur des parchemins, ceux trouvés en Espagne, notamment à Gérone sont pour la plupart rédigés sur des manuscrits papier et seulement un faible pourcentage ne sont pas des parchemins. De plus, tous les fragments trouvés en Italie et dans les autres pays sont exclusivement littéraires, avec peu de faits historiques, alors que les fragments de la "guéniza" de Gérone, après un premier examen d’extraits représentatifs, contiennent une grande quantité de documents historiques, comme les registres des maisons de prêt, actes privés et des registres des communautés juives.
Il est important de souligner que lorsque, dans la guéniza italienne, nous parlons de « fragment », nous voulons dire, la plupart du temps, les folios et les bifolios complets ; dans quelques cas seulement, ce sont de plus petits fragments ou des bandes de pages découpées. D’ailleurs, tous les fragments proviennent de feuilles de parchemins, étant des manuscrits papier qui ne conviennent pas au réemploi en couverture.
En ce qui concerne la méthode de recherche, la première étape est de faire dans chaque archive un inventaire de tous les registres et volumes reliés avec des feuilles de manuscrits de parchemins hébreux. Ce travail est actuellement très difficile si nous pensons au fait que la plupart des archives italiennes principales contiennent plus de vingt à trente kilomètres d’étagères. La deuxième phase est de photocopier ou mettre sur microfilms - si c’est possible - toutes les feuilles, qui sont ensuite envoyées à l’ Institute of Microfilmed Hebrew Manuscripts de la Jewish National and University Library de Jérusalem . La troisième étape est l’identification des textes, les cataloguer et dater les fragments, rassembler les fragments appartenant au même manuscrit, et les cataloguer. Diverses données sont aussi inscrites sur papier et sur des supports électroniques, concernant les mesures, les types de parchemin, la couleur de l’encre, les techniques de règles et de piqûres, les types de graphies et les titres italiens ou latins écrits par des achivistes ou notaires italiens et la date des enregistrements contenus dans les registres reliés par des manuscrits. Dans certains cas, les manuscrits ont été détachés des registres et restaurés il y a longtemps ou plus récemment. Ces déchirures permettent aux fragments d’être examinés plus précisément, mieux que si le texte était préservé à la fois dans l’intérieur et l’extérieur de la couverture. Mais la majorité des 8.000 fragments trouvés en Italie, parmi lesquelles des centaines de pages talmudiques, constitue toujours les couvertures de registres, attendant d’être rachetés. Les manuscrits trouvés sont datables, d’après des preuves paléographiques, entre le 10ième et le 15ième siècle. Les milliers de manuscrits différents représentés par des fragments constituent un nouveau matériel inestimable pour la paléographie et la codicologie hébraïque. Quelques textes, conservés dans plusieurs autres manuscrits, notamment bibliques, peuvent acquérir une valeur particulière en raison de leur ancienneté. C’est le cas de la douzaine de pages provenant de la Bible en écriture carrée italienne datant du 11ième ou 12ième siècle, trouvée à Nonantola et dans diverses archives de Modène. Il s’agit du plus ancien manuscrit biblique préservé produit en Italie.

En ce qui concerne ce sujet, la plupart des fragments proviennent de ce qui peut-être considéré comme les travaux classiques contenus dans les bibliothèques juives de la fin du Moyen Age et de la Renaissance. Je souhaiterais maintenant parler des données de la collection de Bologne, une des plus importantes qui ait été cataloguée et qui peut constituer une référence pour tout le monde. Environ 28% des fragments appartiennent à des manuscrits bibliques, 23% à la littérature halakhique représentée par le traditionnel Sifre Mitzwot, 19% à la Mishna, le Talmud, et autres compendiums talmudiques, 12% contiennent des commentaires bibliques, 11% à des textes liturgiques, presque 2% à des textes scientifiques concernant la médecine, l’astronomie et la géométrie, 1.6% contiennent des dictionnaires ou des travaux lexicographiques, et enfin, 1% à la Qabbale et le Midrash.
Mais examinons maintenant les découvertes les plus importantes. Les 350 feuilles duTalmud Bavli qui peuvent être regroupés autrement en 150 manuscrits, aussi bien connus qu’inconnus, sont d’une grande importance. Parmi ceux-ci, plusieurs bifolios que j’ai trouvés en Emilie Romagne appartiennent aux manuscrits sépharades du 12ième -13ième siècles, plus ancien que le manuscrit de Munich. La plupart ont été trouvés aux Archives d’Etat de Bologne, où j’ai découvert 88 fragments incluant les folios et bifolios, exceptés quelques fragments du Talmud Yerushalmi , de la Mishna et de la Tosefta. Les 18 fragments appartenant au même manuscrit de la Mishna en écriture carrée italienne du 12ième siècle constituent une découverte importante. Une des plus importantes découvertes faites récemment concerne quelques pages d’une ancienne copie du Talmud Yerushalmi , qui ont été réutilisés au milieu du 16ième siècle comme reliures de volumes imprimés gardés dans les Archives Archiépiscopoales de Savone. L’analyse philologique de ces fragments démontre que peu de temps après le début du 13ième siècle, dans l’aire du Judaïsme sépharade, il existait un texte du Yerushalmi qui était pratiquement identique (mis à part des détails d’ordre orthographiques) au Vorlage du scribe ashkénaze responsable du ms Leiden, copié en 1289. Quelques fragments trouvés à Fano, à Pesaro et à Fermo ont une certaine importance parce qu’ils ont conservé des parties jamais publiées des commentaires talmudiques et bibliques attribués à Rashi.
Un folio et deux petits morceaux trouvés à Norcia, datés du 10ième siècle et rédigé en écriture orientale carrée, constituent le plus ancien témoin de la Tosefta entre nos mains. Deux bifolios complets pour un total de 8 pages d’un manuscrit sépharade de la Tosefta du 13ième siècle a été récemment découvert par l’auteur aux Archives d’Etat de Bologne.
Dans les Archives d’Etat de Pesaro, la seule recomposition d’un manuscrit entier a été retrouvée : il s’agit d’un Mahzor français écrit en ashkénaze datant du 13ième siècle.
Contrairement aux fragments trouvés dans la guéniza du Caire, dans ceux découverts en Italie les travaux inconnus auparavant sont peu nombreux, mais un certain nombre de textes inconnus ont été trouvés dans les domaines liturgiques et les exégètes bibliques. Dans les Archives d’Etat d’Imola, j’ai trouvé un bifolio complet contenant un commentaire inconnu deYossef ben Shimon Kara sur les Psaumes dans une graphie semi-cursive ashkénaze du 13ième siècle. Le commentaire va du Psaume 1 au Psaume 17. Le professeur Abraham Grossman a récemment étudié quelques fragments appartenant au même manuscrit trouvé dans les Archives d’Etat de Bologne et un dans les Archives d’Imola et contenant respectivement des parties du commentaire sur le Deutéronome et l’Exode . Il a réussi à démontrer qu’il s’agissait de l’original perdu du Perush ha Torah de ce même Yossef Kara. Quelques fragments aussi remarquables du Midrashim halakique Sifre e Sifra, dont dix pages ont été découvertes à Nonantola et dans les Archives Capitulaires (?) de Modène.
Dans les Archives Archiépiscopales de Ravenne, j’ai découvert récemment un bifolio fragmentaire, recomposé en quatre bandes horizontales coupées, mais qui, par chance était la page centrale d’un fascicule. Il contient quatre pages consécutives de la Midrash Tanhuma Ahare 12 - Qedoshim 14. Le manuscrit, probablement écrit en Italie par scribe ashkénaze, a été daté par Malachi Beit Arié et Colette Sirat du début du 12ième siècle, et, en conséquence, il représente le plus ancien témoin du Tanhuma entre nos mains.
Dans la Bibliothèque Municipale d’Alesandria (Italie du Nord), j’ai trouvé un important ancienCommentaire aux Azharot pour la fête de Shavu’ot , composé durant le 13ième siècle par un tossafiste anonyme. De ce manuscrit, 32 folios entiers, donc 64 pages au total, de texte bien conservé, ont été détachés et restaurés. Ces pages pourraient même être l’équivalent de 60-70% du manuscrit entier. Le texte est similaire, mais pas identique, à celui contenu dans le ms Vaticano, Ebraico 306, copié au 14 ième siècle et publié par Efraïm Kupper. La version de nos fragments est plus longue, contenant plusieurs citations non présentes dans le ms Vaticano.
L’ornementation micrographique du Massorah de même que celle des lettres capitales de l’incipit est aussi attestée. Deux magnifiques exemples ont été trouvés dans les Archives d’Etat de Bologne : un incipit du Lévitique , avec des motifs enluminés d’animaux et de fleurs [4]et un autre incipit des Psaumes avec un splendide motif micrographique de léopards, de lys et de colombes , tous deux provenant de deux manuscrits ashkénazes du 13ième-14ième siècles.
L’un des morceaux les plus intéressants de ces fragments trouvés dans la Guéniza italienne sont ces six pages contenant une traduction en hébreu inconnue de la Sefer ha Shorashim de Yonah ibn Janah (ou Gianach école linguistique de Cordoue (990-1055), trouvée dans les Archives Historiques de Nonantola [6] et de Modène . Les bifolios réutilisés pour couvrir des registres, appartiennent au même manuscrit rédigé en italien datable du 13ième siècle, dont le traducteur est probablement Yitzhaq ben Yehoudah Barceloni.
J’ai également trouvé quelques exemples d’enluminures de manuscrits, comme cette page illustrant David et Goliath dans une Bible ashkénaze copiée au 13ième siècle, et une page magnifique d’une Mishnah Torah copiée en Espagne au 14ième siècle.
Des manuscrits hébreux connus ont aussi été recyclés pour relier des livres. Un exemple est la prière Adderet mamlakah de El’aza birebbi Qallir dans une Mahazor pour Rosh ha-Shanah selon le rite ashkénaze, à Modène dans les Archives Capitulaires,.
Si on considère que guère plus de 5% de tous les manuscrits produits par les Juifs en Europe tout au long du Moyen Age ont survécu, l’importance de la découverte, ne serait-ce que d’une seule page d’un manuscrit perdu, apparaît clairement. La guéniza italienne est une véritable mine d’anciens et précieux textes manuscrits hébreux, qui, aujourd’hui retrouvent leur dignité de travaux littéraires, après quate ou cinq siècles durant lesquels ils sont restés cachés dans des archives poussiéreuses comme d’humbles couvertures de registres notariaux ou de modestes reliures de livres imprimés.judaicultures



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